J'avais posé mon téléphone sur la table basse du salon comme je le fais à chaque fois. Je l'ai éteint pour ne pas être dérangée. J'ai passé une journée épouvantable, je voulais du repos ou du moins une certaine tranquillité. Il devait être 16heures, peut importe, j'ai fermé les volets et ma porte à double tour. J'ai fait bouillir l'eau, sorti un sachet de thé « relaxant », j'allais justement tester ses bienfaits et, je me suis assise à ma place habituelle sur le canapé.
Au départ, je voulais dormir et quitter l'espace de quelques heures la terre pour rejoindre Morphée. Ça ne s'est pas passé comme ça. Un bruit retenti... Une aimable personne venait, sans même s'en rendre compte, de perturbé mon sommeil. Je n'ai pas été ouvrir... Du coup, je n'ai pas dormi non plus. Je me suis mise à contempler cette photo située juste devant moi sur ce meuble qui à force passe inaperçu. C'était elle, eux et moi quand j'étais gamine. Je me suis perdue dans ses grands yeux bleus. Dans ce regard qui en disait long et qui me fixait. J'en avais presque oublié à quel point elle était belle. C'est à ce moment précis que je me suis rendu compte qu'avec le temps on oublie beaucoup de choses. Je n'arrive plus à mettre un son sur sa voix, je cherche à retrouver ces petites expressions et une frustration m'envahit quand je pense à ça.
Pourquoi ? Ça ne doit pas se passer comme ça normalement ! On n'oublie pas les gens qui, durant des années, ont rythmé notre vie. On ne peut omettre tous ces détails, on n'a pas le droit !
Je me suis mise à pleurer, sans raison valable, seulement parce que cette douleur m'a prise comme ça. Ce n'est pas vraiment une douleur physique qui peut se résorber à l'aide de quelques médicaments. Non, la douleur morale qui vous prend comme ça parce que vous vous sentez coupable intérieurement. Je m'en veux tu sais. Si seulement je pouvais te crier tout ce que je ressens. Si je pouvais t'expliquer le « Pourquoi » du « Comment ».
Ici, le temps passe trop vite. Les évènements vous prennent de cours. C'est toujours la même chose même si chaque jour est différent. Et puis, l'habitude prend le dessus ainsi que la routine quotidienne qui fond qu'on devient inattentif à toutes sortes de choses et qu'on en oublie de plus en plus l'essentiel. Tu sais, quand on perd son principal repère on est vite démunie.
Les larmes ne s'estompaient pas. Elles étaient, bien au contraire, de plus en plus nombreuse. Peut être que ça me faisait du bien d'exprimer sous cette forme mon désespoir. C'était ma forme à moi de décompression, de confession. J'étais là, assise sur ce canapé, lampe fermée devant mon thé refroidi ; en manque de sommeil et encore choqué de ce dérangement inattendu. Mes yeux noircis par la couleur de mon mascara étaient, quant à eux, toujours en train de te fixer. (...)
20heures. Ce sont les cloches de l'Église du village qui m'ont sorti brusquement de mon sommeil. Faut croire que je ne me suis pas rendu compte que la fatigue avait pris le dessus sur mes états d'âme. Je n'ai toujours pas rouvert mon téléphone. J'ai sûrement trop peur que le cours de ma vie reprenne le dessus sur cette coupure que je me suis instaurée.
Finalement, une chose est certaine... Le temps peut passer, ma mémoire peut me jouer des tours de temps en temps, tu restes encré et malgré tous, il suffit d'un rien pour que je m'en souvienne.
Car, un être est mort que lorsqu'on l'oublie. Je ne t'oublierai jamais...
Vivre, c'est apprendre à aimer.
Alors, souviens-toi d'aimer. [Abbé Pierre]